Jungle predrink et talons hauts

J’ai presque closé un bar l’autre jour avec mes amies au féminin.

C’était une soirée bien ordinaire à la base, quatre filles autour d’une bouteille de vin dans un appart du quartier où tout le monde qu’on connaît habite à parler de la vie, de garçons, de l’argent qu’on a pas, de garçons, de célébrités fourrables, de garçons, de nos jobs, de garçons. On était vraiment pertinente. Une soirée de grand contenu, de quoi faire un documentaire. Des fois nos mots frôlaient le vulgaire, mais on avait l’droit on était entre nous ça fait qu’on se donnait congé des bonnes manières. La nuit commençait à s’essouffler, on était borderline en pyjama sur le bord de faire un boutte jusque dans nos lits respectifs plutôt que juste le mien parce qu’il était proche de l’heure de Cendrillon des citrouilles pi qu’on se sentait princesse. La plus fashion de nous quatre a fait une déclaration choc, en pensant aux souliers en verres pi aux pieds qui puent pas de la royauté disney, genre maudit, ça fait vraiment longtemps que j’ai pas mis de talons hauts. Des fois ça prend pas de projet bien significatif pour qu’une soirée dérappe. On allait pas se coucher tôt, finalement.

Ça faisait longtemps qu’on avait toutes pas frenchées de gars beaux de la face pi les bras d’hommes ça nous manquait. À moi surtout. J’m’étais pas fait visiter le corps depuis mon ex, il y a trois saisons et des peanuts de ça. L’occasion s’était pas présentée, pi je l’avais pas cherchée plus qu’il fallait non plus. J’avais besoin de renouer avec mon moi-même avant de me partager le corps et le cœur avec un inconnu et me replonger dans les pretzels humains pour un visage qui porte un nouveau nom. C’est poche un peu un inconnu, j’sais pas trop comment gérer ça savoir quoi dire quoi faire, à quel moment est-ce que l’inconnu perd son « in », jsais pas. Anyways j’en rencontre pas, ça règle un peu la question. Des fois pour faire semblant que c’est pas le néant masculin dans ma vie j’me lave avec le savon pour homme que l’autre, l’ancien, a laissé dans ma douche. On va s’le dire, même si l’odeur de bulles pi de déo de gars c’est la meilleure odeur du monde, ça remplace pas trop un oreiller en forme de chest des oreilles qui font attention des becs sur le front pi du luv physique. Mais ce soir-là mon litre de walaroo me rendait courageuse pi assez de lunes étaient passées pour que j’aie l’goût de sauter de l’odorat au toucher.

Ça fait qu’on s’est dit qu’on irait à la chasse dans la jungle urbaine du nightlife de Mourrial.

On s’est fait des maquillages de guerre, on portait nos masques de filles sociales disponibles. Couches par-dessus couches de cache-cerne sous les yeux pour donner l’illusion qu’on avait toujours assidument dormi nos 8 heures par nuit et du mascara en épaisseur industrielle juste assez pour que nos paupières soient lourdes un peu pi qu’on ait le eye contact semi-fermé sexy. On a peinturé nos yeux pour avoir des regards de tigresses et attirer les grands félins qui s’adonnaient à la même game que nous. On a maquillé nos lèvres couleur fruits-mûres pour que la faune ait envie de collationner sur nos bouches. On s’est toutes dit que si on était aux femmes-chats, on se marierait les visages l’une l’autre; ça nous boostait l’estime personnelle même si ça voulait pas dire grand-chose. Ça pi nos p’tits drinks aux fruits-vodka-redbull, par-dessus le vino. On avait de la confiance éthylique au gallon qui coulait dans nos veines de chasseuses de cœur. On essayait de se souler juste assez pour se délier la langue histoire qu’elle soit prête à jaser pi à tout pleins d’autres éventualités. Mais pas trop non plus pour qu’on soit capables de marcher en ligne droite du bar aux toilettes et distinguer les gars louches des gars corrects. Prédrinker c’est un art du 21e siècle qu’il faut maîtriser y paraît. J’peux pas dire que c’est particulièrement mon cas.

On a décidé qu’on se mettrait belles du corps aussi ça fait qu’on a toutes sorties nos camisoles en dentelles semi-transparentes pi nos shorts en jeans taille haute juste assez courtes pour que des p’tits bourrelets de fesses fassent des coucous par en dessous une fois de temps en temps. Dans le fin fond, j’pense on aurait toutes été plus confortables à mettre des cutes jupes fleuries avec des petits tops en soie délicate, genre belle version familiale, ou encore nos vestons de femmes de carrière forte et indépendante, genre belle version travail, mais le problème avec la lumière tamisée des places où ils te vendent du houblon pi de l’alcool-bonbon c’est que la définition de la beauté féminine ressemble pas mal plus à la définition du sexappeal sexuel. Principe contestable de société machiste mais on se sentait pas trop belligérante pi nos objectifs étaient loin d’être nobles ça fait qu’on a fermé les yeux sur le concept juste un peu. D’autant plus qu’on cherchait pas tant à avoir de la classe non plus, on avait besoin de prouver à personne ce soir là qu’on était des femmes de qualité. On voulait juste passer la soirée à se faire regarder payer des verres échanger de la salive pi retourner de notre bord.

Donc on a essayé de reproduire des looks qu’on avait vu dans des revues osées, mais moins pires genre. On était des chasseuses urbaines, pi notre stratégie c’était de mettre nos costumes de proies pas de camouflage pentoute , on se déguisait en appât de piège à testostérone (en tout cas on espérait). Juste pour un soir. La plus wild de nous quatre qui est aussi la plus fashion instigatrice de notre beau projet de soirée a osé un top avec le dos ouvert au complet retenu juste par une dizaine de bébés cordes p’tites comme de la soie dentaire, à sa place j’aurais eu l’air d’un jambon fumé au IGA mais pour vrai ça lui allait bien parce qu’a l’assumait vraiment son rôle de viande à gars. C’était le chandail de sa p’tite sœur encore au cégep qui avait des partys qui fittaient ce chandail-la. Moi j’suis enfant unique ça fait que j’ai fait avec c’que j’avais (pas grand-chose). Même si on avait pas tant le goût de nous montrer autant de peau, toutes complexées qu’on était de nos formes pi de nos bras qui ont l’air de peser 100 livres chaque sur les photos, on avait l’goût d’être désirables pi d’exciter les hommes-félins qui ont l’cerveau dans leurs shorts au bar.

Avec beaucoup de courage liquide une pincée de sel pi du jus de lime, j’me trouvais belle (version sexy, pas version travail ni maison) pi y’était temps que notre party se déplace dans la jungle pour de vrai avant que notre trop plein alcoolisé nous donne des envies de sieste. On a ramassé nos essentiels à la traînasse pi on a mis nos fameux talons hauts pas en verre on est pas Cendrillon. Comme on pouvait pas se déplacer sans risquer une fracture de cheville, on s’est payé un taxi trop cher, avec de la musique des îles trop forte, couronné d’un chauffeur qui comprenait clairement notre niveau éthylique et qui a pris mille détours avant de nous amener à destination. Personne avait noté l’adresse du bar ça fait qu’on s’est laissé débarquer 6 coins de rue trop tôt mais personne s’est foulé la cheville dans le processus fek la nuit s’enlignait pour être championne on avait de la luck tout l’tour de la dentelle pi des g-strings de chandail dans l’dos.

On est entré dans le bar qui ressemble à tous les bars à la mode ces temps-ci avec des têtes de chevreuils des ampoules dans des pots massons pi des comptoirs en palette de bois. Les gars followaient tous le même compte pinterest, avec des barbes de bûcherons, des cheveux longs pi des chemises slack un peu. Ça feelait homogène pas mal comme environnement ça fait qu’on a fait le tour du bar trois fois pour repérer les marginaux. En tournant en rond, on faisait toujours semblant d’avoir quelque part où aller, ça fait qu’on regardait pas tant la faune mais on se sentait regardées; nice. On devait avoir l’air de bonnes femmes-chats sexay. Ou pas, on avait peut-être l’air de quatre dindes perdues à tourner de même.

J’ai rapidement spotté un trop-beau pour moi à l’autre extrémité du bar, ça fait qu’en fille super confiante que je suis j’ai enligné quelqu’un d’autre juste un peu moins beau. J’étais quand même fière de faire les premiers pas même si le gars me tentait pas vraiment. Il m’a payé deux-trois shots, de suite, on a gardé le small talk bien bien small pi on s’est soudé la bouche pas hermétiquement, ça feelait un peu trop mouillé à mon goût. J’avais pas tant la classe, j’frenchais les yeux ouverts quand je les fermais ça tournait trop. C’était de ma faute, j’avais mis la pédale au fond dans le predrink. J’ai repoussé mon prince pas charmant sur le bord de me noyer le larynx, l’excès de liquide me levait l’cœur. J’ai refait deux trois fois l’tour du bar pour trouver mes dindes félines sans succès puis j’ai enligné les toilettes.

Je me suis remis du rouge à lèvre à l’aveuglette, accotée sur la porte de la cabine qui ferme à moitié. Les grafitis étaient cool, éducatifs même. Y’avait les capitales de presque tous les pays sur les murs; Accra capitale du Ghana. Thanks. Mais les lettres dansaient. C’tait louche. Je me suis levé la tête pour constater les dégâts dans le miroir. Trois yeux. Les miens. Dammit, j’t’(encore) trop soule. Maudit predrink.

J’ai renvoyé un bon coup tout mon surplus éthylique, mes complexes de chandail moitié transparent pi ma solitude encore plus lourde après m’être baignée la gueule dans les chutes du niagara. De dos on me voyait sûrement tous les bourrelets de fesses dans mes shorts accroupies j’m’auto tenais les cheveux j’avais perdu mes amies. En me relevant mon talon haut a cassé, j’suis tombée de trois pouces de haut, mes shots de tequila ont remonté un peu plus. J’ai enlevé mon soulier pi j’ai couru dehors prendre le taxi pour aller faire des dodos qui spin. J’en avais assez.

Peut-être que le prince pas charmant va tomber sur ma chaussure brisée pi me retrouver.

Joke, ça serait weird au boute. J’appellerais la police.

Bref, j’ai presque closé un bar l’autre jour avec mes amies au féminin. Bin hâte qu’elles me racontent leur fin de soirée.

Publicités