J’étais jalouse de ton chat

J’étais jalouse de ton chat.

J’étais jalouse des petits surnoms cute que tu lui donnais. Jalouse du premier bec qu’il me volait à l’entrée de l’apart. Des toutes les premières pi les dernières caresses qui lui étaient destinées. J’étais jalouse des regards tendres que tu lui lançais quand il dormait en boule en m’écrasant les chevilles, mes chevilles on s’en foutait. J’étais jalouse que tu coupes nos soirées en deux pour aller à la maison pi le nourrir pi le cajoler pas que je voulais que ton chat meurt pour vrai je l’aime full ton chat mais il me faisait chier d’avoir un pouvoir sur ton agenda que tu m’aurais jamais donné. J’étais jalouse des demi-heures que tu passais à jouer avec, puis des autres qu’il fallait que tu retouches ses photos instagrams que tu postais avec des cœurs. Jalouse qu’à la fin de tes sept demi-heures données à ton chat, y m’en restait une demie, le quart d’une heure, les miettes de tes miettes pour me mettre en boule au creux de ton épaule pi qu’on se flatte l’un l’autre les cheveux. Jalouse que tu t’endormes de ton bord finalement, parce que j’t’écrase l’épaule pi ton épaule on s’en fou pas comme ma cheville encore pognée en dessous de ton chat que tu nourris trop à force de faire des pauses tout le temps pi de lui donner de la bouffe de roi ça fait que je dors avec le dos de ton dos. En cuillère de bois.

Esti c’est con. J’étais jalouse de ton chat. Pi pourtant je l’aime ton chat.

Mais dans le cycle de la vie, le royaume des animaux j’étais rendue sous les félins de salon dans ton échelle affective pi ça me rentrait dedans comme un frisbee l’été dans le parc quand tu te retournes pi que tu t’en attends pas. Ça me faisait mal tout plein de boules du poil de ton chat en travers dans ma gorge à bloquer les mots qui auraient voulu sortir genre regarde moi parle moi flatte moi moi moi moi moi. Boule de poil d’orgueil qui se crachait en toi toi toi. Toi tu me regardes pas assez. Toi tu me parles pas assez. Toi tu me flattes pu assez. Pi toi t’avais les boules de poils partout dans les yeux les oreilles dans la gorge t’avais du chat de gouttière partout autour de toi qui m’empêchait de t’approcher. En plein dialogue de muets, on s’aimait mais on s’haïssait plus je pense souvent des fois. On se trouvait égoïste tous les deux.

J’étais jalouse de ton chat maudit. C’était notre faute.

Le pattern avait commencé peu après la fin du début, le début de la fin, c’est toujours le même. Au moment où la rencontre des cœurs entre les deux corps trouve qu’il commence à faire froid dehors des thorax, à mi-chemin entre les attentes pi les façons de faire de l’un l’autre. Apprivoisés, les amours retournent dans leurs chests en pensant avoir passé assez de temps dans la zone milieu des compromis, pensant se connaître assez pour pu avoir à se sortir les bonnes manières et la patience de ceux qui veulent se faire aimer se faire comprendre. Le moment après les yeux doux, les danses improvisées dans le salon, les petits mots sur le frigo. Ce maudit moment où tu penses avoir les sentiments assez attachés pour t’en foutre un peu juste assez et utiliser l’amour comme excuse pour moins bien agir, parce que maintenant que les sentiments sont en lassos, il en faudrait plus pour déranger un rodéo. Ce moment où on pense que les débuts se sont faits assez de promesses sur le long terme qu’on se permet de remettre toujours à demain le moment où on réalise les engagements qu’on s’est fait en silence dans nos cœurs. Mais à coup de retard calculé, de petits désintérêts, de poubelle pas sortie, des cœurs en textos qu’on finit par pu envoyer; à coup de soirées sur son cell au lieu d’se regarder, de films que l’autre aime qu’on veut pas écouter, des corps dos à dos décollés; quelque chose se brise qu’on trouve pu le papier collant qui colle des deux bords pour se recoller le love et les bonnes intentions. On s’éloigne et il se creuse une tranchée pleine de ces beaux moments partagés en terre commune d’intimité. De chaque côté de la tranchée entre les chests qui se collent plus, on commence à se faire des demandes de rançons de la relation qu’on croit avoir mérité, résultat des milles compromis des débuts d’amours et d’eau fraîche. On arrête de donner on s’attend à recevoir. Et on s’attend à recevoir beaucoup. À trop attendre on est déçu c’est pas un beau moment que ce moment où on veut plus que ce qu’on offre. C’est un Tug-O-War des cœurs chacun à tirer un bout de corde pour jeter l’autre à la boue. Personne n’y gagne on finit tous par terre anyways. Mais on se tire fort toi pi moi, avec ton chat au milieu.

Des fois quand nos têtes écervelées se rendent compte que les listes de petits caprices deviennent plus longues que les minutes passées ensemble, on se sort de nos quartiers généraux respectifs pour revisiter notre milieu d’amour et de complicité. Le cœur gonflé des souvenirs de nous, on s’attend, à mi-chemin les drapeaux blancs bien hauts le bâton de crazy glue en vue pour se rafistoler les ptits bobos inutiles. Le problème c’est qu’on n’est jamais touriste de nous en même temps et qu’à force de descendre dans la vallée de nos débuts, chacun finit par se sentir de plus en plus seul dans une guerre qui mène nulle part. Et les listes de rançons s’allongent; les nouvelles demandes construites à partir des déceptions des drapeaux blancs déchirés de plus en plus rigides.

Dans ce début de la fin, sur ma liste, on pouvait lire des envies de calins de cocons de nombreux moments à faire les cons, sur la tienne on lisait de l’espace de la passion des cours instants de grandes émotions. On avait perdu le sens du mi-chemin dans le cul de sac de nos thorax parce qu’à nous lire, notre amour des débuts semblait impossible, au mieux improbable. Pourtant on y était, avant, dans la tranchée entre nos chests, les deux cœurs attachés à se donner ce dont l’autre avait besoin. Ça venait tellement tout seul au début qu’en ce moment, au maudit moment du momentum de la bataille pour sauver la relation, on manquait de pratique.  On aurait eu besoin d’une bonne dose de compromis, mais on avait plus tant envie de se compromettre les attentes les sourires les mots doux. Qu’est-ce qu’on fait dans ce moment-là?

 

Ma liste au travers de la gorge les papercuts dans le chest, la tienne en moton dans tes oreilles qui t’écorche les yeux on est rentré dans ton appart, encore une fois. Tu t’es penché tout sourire pour faire le plus gros des calins à ton chat.

Je suis jalouse de ton chat. Esti.

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