La chaise musicale des célibataires

Assises à la table de salon, en indien devant le divan qui est plus confortable du tout depuis la soirée trop arrosée où on a voulu faire comme dans les films quétaines pi chanter en sautant sur des meubles avec nos brosses-à-cheveux-micro, j’écoute mes amies jaser de leurs nouvelles cibles flattées à droite sur le catalogue des faces. Ça jase de manbun, de poil de visage, de pickup line drôles ou pas appropriées. Ça angoisse, surtout, sur des premières deuxièmes et des absences de troisièmes dates pi ça se donne des conseils l’une l’autre pour assurer la durabilité de leurs interactions avec des inconnus qui leur travaillent le bas ventre pi le cœur peut-être un jour on sait pas on touche du bois. Le genre de conseils qui a jamais tant bien marché en fait mais qui vaut la peine d’être essayé, t’sais au cas où le cosmopolitan aurait raison pi que les relations humaines ça se décortiquent réellement en une série de règlements à suivre pi en listes des « 10 trucs pour savoir si un gars trippe sur ton cas ». Ça se répète entre autre le maudit cliché de l’attente de trois jours avant que le potentiel concurrent au poste d’homme de ta vie se souvienne que t’existe et se rappelle comment composer ton numéro de téléphone; en bas de quoi le candidat est un psychopathe désespéré bin trop into it c’est louche, et en haut de ça il a perdu ton numéro ˂ est pas tant intéressé ˂ est un trou d’cul ˂ tous les hommes sont des trous d’cul. Cette règle là dégringole vite, boule de neige même si c’est l’été, résultat : faible marge de réussite pour ce désormais classique contemporain de la chasse à l’homme.

Mes amies-encyclopédies des first dates mais pas ce qui vient après se conditionnent aussi le déroulement de leurs rendez-vous-pas-encore-amoureux. En partant du linge, qui doit être le plus simple possible mais avec une touche funky ou une touche sexy comme ton chandail noir en coton avec le dos ouvert un peu ou ton bijou de corps subtil extravagant le genre de collier bipolaire qui voulait aussi être une ceinture. Tu te mets les cheveux beaux lousses en frites curly épicées ou en spaghetti pas cuit, mais tu t’amènes un élastique comme ça à mi-parcours tu peux t’attacher la crinière bin casual montrer ton derrière de cou parce que c’est sensual. Win-win. Tu t’arranges pour savoir commander tu veux pas être la fille qui stress over un menu pi qui envoie des signaux de détresse de fumée avec tes yeux au serveur qui arrive trop tôt pour ta capacité à prendre des décisions. Au bar avec des têtes de chevreuils pi le gars en t-shirt ou chandail de bucheron, tu te prends une bière artisanale du fin fond de la province. Dans le restobar trop blanc avec de la lumière fluo pi le gars dans sa chemise tout boutonnée jusqu’en haut, un drink un peu compliqué mais que tu sais crissement ce que tu veux dedans genre frangelico-amaretto-sur-glace avec un petit peu de lait et une cerise. Pour la facture, c’est tricky mais mes powers-célibataires font consensus sur la tactique d’aller aux toilettes juste après le dernier verre pour que le gars paie le bill en ninja pi que tu fasses l’innocente de oh-non-t’aurais-trop-pas-du. On frôle le cliché des clés qui shakent devant la porte d’entrée avec Will Smith pi l’autre maudite qui nous a toute volé Ryan Gosling.

Y’a une partie de moi qui comprend que leur objectif c’est que ça marche que ça clique que le gars te traite pas de criss de folle, parce que ça a l’air que c’t’a la mode ces temps-ci de traiter les filles de folles quand elles montrent un peu de personnalité. Je comprends que dans leur tête de femme c’est un peu l’urgence, comme si on jouait toutes à la chaise musicale pi que la musique venait d’s’arrêter pi fallait qu’elles trouvent une chaise qui a envie d’leur cul pi du reste. Elles font des petites mathématiques dans leur tête genre si j’veux mon premier kid avant 32 faudrait que j’rencontre quelqu’un d’correct maintenant qu’on se voit la face trois ans avant qu’on emménage ensemble qu’on ramasse nos cennes noires qu’on les mette en commun qu’on s’bâtisse des réputations de carrières qu’on s’achète une maison avec une cour pi du gazon vert chimique pi après toute ça qu’on embraye la machine à bébé. Y’ont les ovaires qui se préchauffent le four pour plus tard, mais le cerveau qui surchauffe surtout. Elles veulent que ça marche, pi que ça marche maintenant fak la première date laisse pas place à l’erreur. Mais à les entendre parler j’me dis qu’elles font toutes pour avoir des dates toujours homogènes histoire de bien s’assurer de recréer les patterns qui fonctionnent jamais. C’t’un peu rigide leur manuel de rencontre.

Dans leurs calculs à la fertilité, ça revient toujours à passer en revue les applications de rencontres, les bars où rencontrer les dudes des applications de rencontre et les bars où tu peux rencontrer des dudes sans application-rencontre. Ça dissèque les options, fait des listes de pour ou contre, des calculs de taux de satisfaction. Moi je connais quelqu’un qui a rencontré son âme sœur sur doyoulookgood pi tout le monde sait qu’au bar le st-siméon-sulpicieux-sacré-fils c’est juste des douchebags qui se caméléonent le style en faux-hipster parce que c’t’à la mode. Okay.

J’écoute au complet mais j’comprends à moitié c’t’un peu hiéroglyphique leurs références du cyber dating world actuel parce que y’a deux ans et des peanuts y’en avait pas des tinder-grinder-finder, ça fait que j’ai plus ou moins connu le struggle d’essayer d’évaluer en cinq photos pi trois-quatre conversations awkward de « salut ça va quoi de neuf » la potentielle perte de temps pour quelqu’un avec qui j’ai juste en commun les deux amis de mon facebook que j’serais mal à l’aise de croiser dans la rue. J’suis pas fan du principe de se magasiner les gens en ligne (au même titre que j’trouve ça weird la nouvelle mode des épiceries en ligne. Vas faire ton épicerie, maudit.) Reste qu’y me semble que la chimie humaine, le charisme, la complicité, ça se trouve pas dans un catalogue de faces même si le gars précise qu’il mesure 6’’2 pi que tu trippes toujours sur le monde de 6’’2. Je trouve ça réducteur aussi de se dire que l’amour de ta vie se trouve dans un périmètre de 25km de ton engin peu importe les affinités; on s’entend qu’avec l’option de choisir des individus à moins de 2km de toi, c’pas tant l’amour que ta boutique en ligne te propose. Mais mes amies y croient encore (because l’horloge biologique pi toute) ça fait que j’ai pas bin l’choix d’les croire moi aussi, par solidarité amicale. J’me dis que c’est tough en crépiss par contre. J’les plains. Avoir envie de trouver quelqu’un pi pas trouver c’est d’jà plate, mais avoir envie de trouver quelqu’un pi même pu savoir où chercher au point de se retrouver la tête scotché sur son écran de cell c’t’encore pire. Maman, tu l’as rencontré comment papa ? Ouan.

Mais d’un autre côté, fuck. Elles sont supposées les rencontrer où, les hommes de qualité qui respectent la femme qui ont envie de s’engager dans quet’chose de sérieux, qui sont disponibles physiquement et émotionnellement? Les hommes qui sont à la hauteur de tout ce qu’elles ont à offrir, ce qui égal à quand même fucking beaucoup j’dois dire des fois souvent j’suis jalouse; sont fines pi brillantes pi ambitieuses pi belles de partout. Un moment donné on a tous épuisé nos banques d’amis d’amis d’amis. En plus, on est pu à l’époque de la scolarité où est-ce que la vie te propose une nouvelle série de viande toute fraiche à la rentrée. Où est-ce que dans un seul amphi, t’as un buffet de 300 personnes de ton âge qui s’intéressent à la même affaire que toi et qui ont un niveau de vie qui te ressemble. On est pu à l’époque de faire son magasinage d’automne, de s’habiller en bourgogne pi se faire les cheveux beaux le matin parce que le gars tout le temps assis derrière toi est bin chix pi il pose des questions pertinentes. On a pu de pool humains de monde qui s’arrangent pour les autres pi qui ont envie de se partager l’expérience universitaire. On est passés ça. Ceux qui avaient à se caser là l’ont fait, réduction considérable des potentiels soulmates dans l’arène urbaine. On est plus non plus à l’époque des premières jobs sérieuses, où tu sers la main à plein de nouvelles faces à cravate qui ont bin hâte de te faire visiter le lunch room ou te désinhiber la gêne professionnelle dans des 5 à 7. Mes belles amies les connaissent par cœur leurs collègues, en plus de ça elles se risqueraient pas à une amourette de bureau, maudit, des plans pour scrapper leurs jobs de vie; les enjeux sont plus élevés que le temps où on travaillait tous au IGA. Encore plus petite piscine de candidats relationnels. On est un peu passé tous les moments de rencontres charnelles pi le quotidien bin il se fait avare des occasions pour leur présenter des inconnus potables à mes belles amies. Il se fou de leur gueule aussi, en leur rappelant sur toutes leurs bébelles électroniques que leurs ex, ex fréquentations, ex ambigus, ex fuckfriends pi ex toutes existent encore pi sont encore disponibles pour rien de sérieux parce que ça l’a jamais été. Des matchs de flattage de face à droite avec tous ceux qu’elles ont déjà vus tous nus. Super productif. Elles sont solidement célibataires, pi elles aimeraient ça se changer le statut facebook, mais la vie les aide pas. Elles s’en plaignent, beaucoup.

J’les écoute continuer à râler, toujours à moitié, j’compatie. Ça a l’air vraiment essoufflant de jouer à la chaise musicale quand la musique arrête pi qu’il manque de chaises.

J’suis bien chanceuse d’avoir une chaise.

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