Cuba maudiiiit

Ça me prend pas grand-chose pour me déconcentrer l’été quand il fait chaud dans le bureau runné par mes deux boss qui croient moyen au principe de l’air clim. J’ai regardé plusieurs fois le code du travail pour voir s’il y a pas façon d’obliger des patrons thermiquement insensibles à pas te faire travailler dans des conditions qui avoisinent Mexico city un jour de smog pi de canicule pogné dans un transport en commun pendant qu’il y a une grève générale des producteurs de déo. Aucune loi. C’t’un peu con si on me demande mon avis mais on le fait pas, en tout cas pas ici à être 40 numéros entassés pour faire des téléphones de télémarketing que personne aime qui a jamais marché.

 

J’ai le cerveau en compote de pomme-framboise il y a mille autres endroits où je préfèrerais être plutôt qu’ici, aux coins de deux rues sans noms dans le boute de la ville de Montréal où tu vas juste une fois par année si t’es assez chanceux pour avoir des billets pour la vente Loréal genre. Par la fenêtre, à 7 cubbicules du côté de ma main qui est pas conne celle qui écrit qui me gratte et qui ramasse les objets, je regarde par la fenêtre les avions décoller dans toutes les directions pour embarquer des gens vers l’aventure, leur faire rencontrer l’amour de vacances, partir en business trip fancy pi boire des martinis au bar de l’hôtel. Peut-être qu’il y en a qui vont vivre leurs rêves ou rentrer chez eux revoir leur monde pi être dont contents d’être à la miiison. Peut-être qu’il y a un touriste qui est à deux jours de se faire voler sa caméra full chère par un singe. Peut-être aussi qu’il y a un criminel qui prend la fuite. Ça peut pas juste être des histoires belles qui se passent là-dedans certain.

 

Aujourd’hui dans le trafic des avions qui quittent le sol et qui se rentrent jamais dedans étonnamment je touche du bois il y a mes deux amies prefs qui ont mis l’essentiel de leurs vies pour deux mois dans des sacs à dos plus grands qu’elles. Des sacs à corps. Des tentes à mal coucher, des moustiquaires de face, du linge cute chaud froid de pluie de sueurs de sport, des antibio pour des maladies qui existent pu dans nos hôpitaux pi leur envie de découvrir la planète hors des sentiers battus – tout en étant toujours super connectées sur les instagrams quand même quand même. C’est courageux ce qu’elles font, deux petites filles en quête de place ouss que les gens ont pas voulu aller oussé que tu parles le langage des signes malgré toi. C’est difficile à trouver surtout ces places là maintenant que tout le monde a eu son trip d’aller se souler les intérieurs et se maquiller la face multicolore en thailande avec des photos de tigres. Pas les connaître mes amies aventurières, j’aurais chialé un peu. Parce qu’on dirait que c’est devenu la mode de vouloir absolument partir en backpack à l’autre bout de la planète pi chigner tous les autres types de vacances pi les valises à roulettes. Comme si chaque voyage devait nécessairement changer ta vie te faire revenir plus hippie et raconter à tout le monde tes aventures de toilettes sèches construites avec des bambous. Il y a comme une hiérarchie du voyageur qui s’est installée en fonction de la distance où tu vas qui est inversement proportionnelle à la grosseur de tes bagages. Moi j’sais pas trop où je me place dans tout ça c’est bin beau aller marcher Compostelle pi faire bouillir ton eau avant de la boire jsuis sûre je pourrais trouver ça cool moi itou si j’avais full temps mais mes deux semaines de vacances par année j’ai pas tant le goût d’aller rusher avoir des ampoules sur les pieds pi faire des petites crises de panique chaque soir à cause de pas savoir où je couche pi quelle bibitte et quelle personne malhonnête a le goût de me couper le plaisir de vacances pendant que j’ai les yeux fermés. Être à la mode pi plus sécure dans mon anxiété de vie de confort de douche propre, j’irais. Mais la j’t’un peu gênée de le dire parce que j’me fais tout le temps juger par le monde que je connais, mon newsfeed de ceux que je connais moins pi les internets qui me donnent des listes de 10 raisons pour partir à une place ouss qu’y’a aucun service essentiel, mais j’vais l’assumer… à tout ça je dis fuck toute…

 

J’ai l’goût d’aller à cuba maudiiiiit.

 

J’ai l’goût d’aller à Cuba pour me souler à la tequila cheap pi me noyer dans des daiquiris juste de rhum, flâner dans une piscine de chlore pendant que du Aventura joue trop fort dans des speakers accrochés à un bar creusé dans le sol où un petit gars sous-payé gueule des instructions d’aérobie de piscine en spanglish à des vieilles madames pactées. J’ai l’goût de les voir finir leur séance de barbottage d’entraînement entre gros guillemets sur suavemente avec des massages de groupe forcés en rond super awkward. J’ai l’goût de pas me casser la tête pi d’aller m’effouarer sur une chaise bleue pi blanche sur une plage de sable blanc beige avec des châteaux laites faites par des enfants pas full artistiques pi un seul beau fait par un local qui te demande de lui donner du cash pour prendre une photo avec. Ça me dérangerait même pas d’oublier de me remettre de la crème solaire après être allée me baigner juste 30 secondes dans une eau turquoise parce que ma peur des poissons transparents in the wild qui viennent te manger la peau morte des pieds en ninja m’a fait courir de reculons jusqu’à ma chaise longue. Je l’ai fait une fois dans un magasin chinois sur la rue st-hubert, le mangeage de peau morte, j’ai haï ça pour mourir. J’ai quasiment l’goût d’avoir un coup de soleil énorme sur mon chest parce que le creux d’énergie après le stress des poissons au fétiche de mes pieds m’aurait fait m’endormir solide dans mon manque de FPS. Ça me tente d’écrire des niaiseries dans le sable avec des boutes de bois genre salut lol.

J’ai l’goût de sentir la coconut, l’aloès, le barbeq, le sel pi l’ananas et trouver ça normal comme mélange d’odeur.

J’ai des envies énormes de manger de la guacamole trop verte pour la ligue borderline chimique tous les midis, en bikini avec un crop top par-dessus juste pour dire que je suis pas toute nue, sous une hutte en paille avec des ventilateurs qui servent à fuck all.  Selon les pancartes avec des bonhommes allumettes qui font des trucs qui faut pas faire avec des gros X rouge, j’aurais pas le droit d’avoir aussi peu de tissu sur le corps mais c’est certainement pas les petits monsieurs du snackbar qui me chuchotent à voix fucking forte des clins d’œil qui m’auraient reviré de bord pour l’infraction textile. J’ai l’goût maudit de me sentir flatter par des regards venant des paires d’yeux qui sont payer pour me regarder c’est plate dit de même mais c’est comme ça, ils me font me sentir bien dans mes bourrelets de bedon que veux tu. Dans le buffet, je laisserais des traces de sables en forme de fesses sur les chaises en rotin de la salle à manger à air ouverte, comme des garde-places effaçables, pendant que je me lèverais pour aller me chercher de la crème glacée à toutes les saveurs au buffet à dessert en faisant attention de pas glisser un peu à chaque pas dans mes gougounes mouillées . J’ai envie de baragouiner mon espagnol aux barmans qui cruisent tout le monde accoté jouer la game pi leur envoyer des becs soufflés.

Ça me tente de rencontrer des étrangers des américains peut-être dans la petite discothèque du resort qui sert aussi de garderie de jour qu’ils m’offrent des verres en jokes vu que toute est gratiss dans les tout-inclus. J’ai envie de trouver ça drôle pour vrai pi qu’entre deux shots dégueulasses gratuits on improvise de la salsa de groupe avec la bande d’inconnus en état d’ébriété qui deviennent sur le coup tes âmes sœurs de vacances. À cause du soleil, à cause de l’alcool cheap. Le lendemain matin avec mes nouveaux bestfriends contextuels on rirait de notre hangover en prenant notre premier pina colada de la journée à 10h du mat pile quand le bar de la piscine ouvre. J’ai pas juste des envies d’alcool quoi que ça me motive fucking parce qu’une brosse en voyage ça te coûte la peau des deux fesses pi un bras aussi. J’aimerais ça aussi faire du waterpolo dans le pas creux d’une piscine, des cours de yoga sur la plage ouss qu’on fait juste la position du bébé, des cours de danse en ligne sul bord de la piscine où y’a soit un million de personne ou pas un chat, dépendant de l’état de ton groupe de party au bar la veille. J’ai des envies de voir des match de volleyball au coucher du soleil, me faire traîner de force dans une équipe, dire que j’suis pas bonne, manger le ballon dans la face pour confirmer que j’pas bonne et retourner à mon bien meilleur post de cheerleader équitable. Les petits plaisir de la vie.

J’ai envie que ça me grince les oreilles entre deux phrases spanish suave au boute d’entendre du gros québécois gras sur la plage. Je ferais des mégas détours comme si c’était un jeu pour éviter la famille de Richard pi de Ginette pi des autres pas d’allure en question qui laissent traîner leurs verres de bière en plastique partout pi qui ont amené leur collection de flotteurs fluo pour bien polluer le visuel paisible de la plage de sable blanc. J’ferais semblant chaque fois que je les croise de pas parler français de faire comme si je venais des Europes profondes de me construire un personnage. Invariablement j’échapperais un petit sacre qui me vaudrait un sonore  einhhh une québécoise  tu viens d’où  pour finalement faire semblant d’être chummée avec cette bande d’énergumènes de drummondville toute la maudite semaine. C’est tannant des québécois en voyage ça parle fort ça se croit seul au monde ça me gène au boute mais ça me ferait plaisir en même temps. Plus d’histoires à raconter quand je reviendrais.

J’ai envie de me mettre juste du mascara le soir une robe d’été pi me sentir belle comme la princesse qui a les cheveux trop longs dans le film pour enfant que je me souviens plus le nom. J’ai envie d’être un lézard de dormir 14 heures dans ma journée pi que les 10 autres soient écrites au tableau le matin dans le lobby. J’ai l’goût de manger trop, tous les soirs, de goûter à des fruits qui ont l’air de rien et mettre tous les trucs qui vont pas ensemble dans mon assiette. Me resservir. J’ai vraiment juste envie de partir dans le sud faire un plein de vitamines tropicales savoir où je dors ce que je vais manger ce que je vais boire. J’ai pas envie làlà maintenant de changer ma vie partir à la découverte de choses que jsuis pas sûre de trouver d’être fatiguée raquée de vouloir tuer ma partner de voyage de me perdre dans le bois. Je le ferai sûrement un jour comme une rite de passage à mi-chemin entre deux emplois deux vies mais pas làlà pas maintenant. Je veux juste aller à Cuba maudiiiit.

 

Je me revendique le droit aux vacances insignifiantes. J’peux tu ?

Si j’y vais avec un backpack au lieu d’une valise à roulette, c’est tu moins pire ?

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