Les papillons du ventre

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Des fois je t’imagine avec d’autres filles que moi. C’est pas super santé comme habitude, mais j’ai fait une place dans ma routine juste pour ça, souvent entre mon premier café et mon déjeuner dans le 15 minutes où j’ai encore les yeux tout collés, les émotions endormies pi que je consulte les instagrams de filles très belles plutôt que lire le journal. Je me fais des scénarios de toi avec elles sur leurs photos chix parce que quand j’y pense vraiment, que j’imagine tous les pores de ton corps collées sur un autre corps que le mien, ça vient me pincer fort fort par en dedans assez fort pour réveiller les papillons qui dorment depuis un bout de temps on dirait. Mes papillons de sentiments dorment pas juste le matin, en cuillère avec mon jugement critique apparemment, c’est pas très intelligent aller regarder les réseaux sociaux de filles qui ont pas de gras sur les avant-bras pi aller me dire que t’aimerais ça aussi pas de gras d’avant-bras. Non mes papillons ils dorment le jour aussi quand j’ai repris mes esprits, pi le soir quand on vient pour se coucher dans le même lit. C’est bizarre. Avant, les papillons ils étaient là tout le temps, quand tu rentrais dans une pièce avec ton parfum qui sent le sapin fumé les soirs d’automne où on fait des feux sur le bord du lac, ou quand tu me textais pour me dire n’importe quoi genre un emoji de tortue ou même juste si je fermais mes yeux pi que je m’imaginais ta face sa fossette le reste de toi pi tes légères pattes d’oie en coin de sourire, les papillons ils étaient là tout plein. Tellement que ça débordait.

C’était peut-être pas le truc le plus santé du monde non plus, les papillons tout le temps. Ça me remontait dans la gorge j’avais l’insectarium du jardin botanique au complet à deux doigts du gorgotton, j’mangeais pas beaucoup dans ce temps-là, c’est comme si j’étais stressée 24h/24, mais stressée positive genre. Comme quand t’es sur le point de voir ton chanteur pref ton premier concert pour lequel t’as économisé toutes tes cennes noires dans la tirelire que t’as fait à même un vieux pot de beurre de peanut lui en forme d’ours, ils le font pu je pense celui-là. Un stress d’anticipation. Ou quand tu stresses parce que t’as trouvé un chaton abandonné avec une tache sur le nez en forme de cœur que tu le ramènes dans ton appartement pi que t’as sweet fuck all idée comment faire pour garder un chaton en vie mais tu l’aimes déjà bin trop alors tu fais ton gros possible pour en prendre soin malgré le fait que t’as toujours la chienne qu’il meurt ou pire qu’il t’aime même pas ton nouveau chat. Un stress de nouveauté.  Ces temps-ci tout ce qui me stress c’est pas un beau stress, c’est négatif on dirait, c’est étrange des fois se rappeler qu’y’existe une sorte de stress qui est pas déplaisant genre les papillons qu’un gars te fout dans l’estomac. Et ailleurs aussi.

Avant, j’avais des papillons dans le ventre dans la tête partout dépendant où tes doigts atterrissaient sur ma peau, sur ma main, sur ma cuisse, ailleurs. Si tu me frôlais le poil des bras les papillons suivaient tes mouvements en attente d’un contact un peu plus voulu et s’envolaient des fois vers toi avec des chocs électriques de mon corps au tien. S’il faisait bien sombre, on pouvait voir les petites éclairs bleus qui nous traversaient comme lorsque tu frottes une balloune de fête sur tes cheveux assez longtemps ou que tu mets un raisin coupé en deux avec une ficelle au milieu dans le micro-onde. C’est peut-être trop précis comme exemple mais on avait fait ça dans une exposcience au secondaire pi ça m’a vraiment marqué une tempête dans un raisin. Chacun son trippe.

Avant, j’avais des papillons partout tellement que mes pieds frôlaient pas le sol des ailes m’étaient poussées dans le dos ça me faisait mal des fois ils avaient pris toute la place réservée à mes organes vitaux. Je me souviens d’une fois où j’étais assise en indien sur le divan, je faisais rien j’avais l’air de rien non plus mes cheveux étaient sales parce que j’avais lu dans un magazine que si t’entraînes tes cheveux à être super sales y’auraient pu jamais l’air sale mais ça a l’air que ce truc-là marche pas pour tout le monde parce que mes cheveux à moi ont juste eu l’air sale tout le temps c’est dommage j’aurais aimé ça économiser sur le shampoing, le revitalisant, les masques, le démêlant dans le fond j’utilise peut-être juste trop de produits j’sais pas. Anyways, assis en lotus, j’avais la tête comme une moppe, le linge de la veille porté en pyjama étampé sur ma peau qui suait l’absence d’air climatisé et toi t’étais juste entré comme un coup de vent de fraîcheur, de shampoing sec et de nouveau outfit puis  tu m’as donné un bec sur le front me disant que j’étais belle. Juste de même. Comme un héro des temps modernes je me souviens être passée de me sentir comme un déchet humain à la plus magique des princesses. Mes papillons se sont tellement énervés de ce moodswing qu’ils ont fait comme des explosions au creux de ma poitrine. Je me souviens que ça m’a fait tout le mal et tout le bien du monde de t’aimer, je me suis confuse dans mes insectes de love. Je me souviens de ce moment-là surtout parce que j’m’étais dit ‘eille c’est l’fun en maudit les explosifs insecticides dans mon chest, c’est impossible que mon cœur arrête un jour de papillonner pour ce gars-là tellement  il vient me chercher loin.’

 

Mais là voilà, je sais pas si je me suis trompée sur la durée de vie de mes papillons, ou si je me suis juste habituée à leur vol plané dans ma cage thoracique. Je les sens moins, je les sens presque plus. Les seuls moments où je le sais qu’ils sont là c’est lorsque je t’imagine toi les avoir avec d’autre monde. Quand je me mets à paranoïer que tu t’emballes pour d’autres yeux pi d’autres cheveux sales que les miens. Mes papillons passagers se présentent seulement lorsque ma définition du stress est à son plus négatif, quand j’ai peur de te perdre plutôt que lorsque j’ai envie de te garder. Je sais pas si c’est normal, si, avec le temps, c’est comme ça qu’on se mesure l’ampleur de nos sentiments. Les petits moments quand ils sont rendus super  nombreux ça devient-tu moins important ? J’me pose des questions, j’ai jamais gardé des hommes aussi longtemps dans ma vie ça fait que je me dis ayoye les vieux couples ont tu vraiment plus d’explosion de chest tous les jours? S’ils en ont toujours c’est tu juss moi qui t’aime pu comme avant ?

Parfois ma tête va ailleurs que toi avec d’autres pyjamas, d’autres mains à tenir et d’autres lits où t’endormir. Des fois,  des fois, pas trop souvent mais quand même des fois, je me demande aussi  et si c’était moi qui frenchais un nouveau parfum,  flattais d’autres tignasses de gars qui s’endort, et si je gardais ma dernière bouchée de gâteau triple choco pour un gars avec des lèvres en forme de cœur, est-ce que mes papillons reviendraient pour quelqu’un d’autre, est-ce qu’ils seraient pareils, plus forts? Moins fort?

À quel moment est-ce qu’on est certain qu’on veut pas changer d’insectarium dans la vie ?

 

 

XX, Les Anodines

 

Photo par @mellire (instagram), nakiiomelo.wordpress.com (blog photo)

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